Au coeur vif de l’automne, quand les mythiques forêts humides du Vercors enfilent leurs manteaux jaunes et orangées, il fait bon s’égarer à travers pistes et sentiers.

Foulant d’un pas lent le tapis de feuilles tombées à terre, on guette l’apparition furtive d’une salamandre, on s’amuse d’une limace croquer une amanite, on écoute le chant d’un rouge-gorge caché entre deux branches de houx. Dans ce décor hautement coloré, chaque sujet photographié est généreusement magnifié. Loin du macadam, nul besoin de filtres Instagram !

Savourant copieusement cet éphémère spectacle de feux et de lumières, nous progressons lentement en direction des crêtes ensoleillées au-dessus de la canopée. Nous y avons donné rendez-vous avec les aigles et les vautours, pour un pique-nique au sommet.
En approchant la sortie des bois, où les arbres espacés laissent de plus en plus entrer la lumière, des passereaux en pagaille traversent le chemin d’un côté à l’autre, sans que nous puissions tout de suite vérifier leur identité. Grâce aux jumelles nous mettons rapidement fin au mystère : ce sont des pinsons des arbres. Mais ils ne sont pas venus seuls : leurs cousins du Nord sont également de la partie !

Je suis un peu surpris d’en voir aussi tôt dans la saison, et surtout en pleine nature. Chaque hiver, dans le jardin, je guette l’arrivée de ces petits vikings ailés, qui descendent sous nos contrées pour s’alimenter. Très grégaires, ils voyagent en groupe et peuvent facilement faire une razzia des graines de tournesols mises à disposition dans les mangeoires !

De la même taille que les pinsons des arbres, avec le même gros bec conique caractéristique des granivores, les pinsons du Nord mâles ont une robe à prédominance orange plutôt que rose, moins terne et délavée que leurs cousins du sud. Ceci est encore plus vrai au printemps, en période nuptiale, où la tête du mâle devient noir charbon, en contraste saisissant avec sa poitrine rousse et blanche.

Dans cette ambiance automnale, je vois l’opportunité de valoriser leur sublime plumage. Encore faut-il que je parvienne à m’en approcher !

Si la grande majorité s’envole à notre approche, il en est quelques uns plus téméraires qui restent perchés dans les arbres. Leur robe leur offre un camouflage saisissant dans ces feuilles d’automne !

Après avoir réussi à tirer le portrait d’un mâle sur une belle branche couverte de lichens, sur fond de canopée orangée, je repère un autre individu perché en silhouette au bout d’une mini-branche.
Je me déplace doucement de quelques mètres pour qu’il ne soit plus à contre-jour, où je peux le viser à travers des feuilles au premier-plan.

En me déplaçant de quelques mètres encore, je peux le cadrer dans une lumière différente encore, offrant cette fois une ambiance davantage naturaliste que poétique.

Le voilà maintenant qui se pose au sol. Pas le choix : si je veux faire une petite série de portraits en jouant sur les flous de premiers plans, je dois me mettre au sol, moi aussi. Sans mouvements brusques, je m’agenouille, puis me mets carrément à plat ventre !

Par chance l’oiseau ne s’est pas affolé, avec toutes ces faines tombées des hêtres il semble avoir trouvé le meilleur spot pour festoyer. Commence alors la lente approche, en mode lézard rampant pas très dégourdi.

Il me donne largement le temps de l’observer et d’attendre le bon moment pour déclencher. À mesure qu’il se déplace de quelques mètres, je profite d’ambiances et de fonds à chaque fois différents.

Je l’immortalise en flagrant délit de festin de faines, puis j’attends qu’il n’ait plus la bouche pleine.

L’attente vaut largement la peine : il est maintenant tellement proche que j’arrive à bien l’isoler dans un magnifique bokeh.

Et voilà comment je me suis régalé à égayer cette petite randonnée, sinon bien maigre en observations ornithologiques.

Avec, toutefois, l’apparition fugace de l’habituel rougequeue noir ! Et le mâle a bien la poitrine noire, contrairement à ce que vous pouvez voir sur cette photo, où je me suis amusé à le cadrer à travers un buisson de cynorhodons 🙂
