Mi-août de l’année 2026, quelque part dans la Drôme. Un ami naturaliste m’informe de la présence, à 15 minutes de chez moi, d’un groupe de rolliers d’Europe en halte migratoire. Impossible de rater ça : ces oiseaux sont parmi les plus beaux et les plus colorés à se rendre sous nos latitudes, à la belle saison. Ils tendent à nicher dans le sud de la France, côté Méditerranée, où ils trouvent les milieux secs et ouverts qui leur conviennent bien. Mais à la fin de leur période de reproduction, une fois les petits en âge de voler et de chasser tous seuls, il n’est pas rare que les rolliers se regroupent et remontent plus au nord, plusieurs jours, avant de repartir pour l’Afrique.
C’est précisément ce qu’il est arrivé ici. Le 19 août, au matin, je suis allé inspecter la zone. J’emprunte une piste qui traverse une zone boisée. Alors que je scrute un peu partout, de droite à gauche, dans l’espoir d’observer ou d’entendre un rollier, je remarque un rapace posté sur la branche morte d’un chêne. Ce n’est pas une buse, elle se serait déjà envolée en me voyant passer : c’est un circaète Jean-Le-Blanc ! Il m’a vu mais il ne semble pas troublé par ma présence. Pour le photographier, armé de mon fidèle 300 mm auquel j’ai rajouté un doubleur de focale, je me déplace juste de quelques mètres pour obtenir un peu de flou de premier-plan, à l’aide de la végétation.

Une bien belle rencontre pour démarrer la journée ! Je continue sur le chemin qui finit par sortir du bois, 300 mètres plus loin, où j’accède à une vue à couper le souffle sur toute la vallée de la Drôme, avec les montagnes de Saou, du Vercors et du Diois en arrière-plan.
C’est précisément devant ce paysage que j’aperçois le premier rollier ! Un deuxième beau cadeau pour cette superbe matinée ensoleillée, même si l’oiseau est très éloigné pour faire une belle photo.

les rolliers sont plus gros que les guêpiers avec qui ils sont parfois confondus. Ils sont un peu plus farouches également. je sais que si je veux les photographier de plus près, il va falloir que je me mette à l’affût quelque part, et que je patiente… Ce premier matin, je suis juste venu en repérage, l’idée étant de trouver justement une bonne cachette pour la prochaine fois.
Je continue mon chemin en naviguant un peu hasard, pour tenter de voir d’autres oiseaux. Après quelques minutes à regarder aux jumelles, je vois qu’ils sont bien là, un peu partout, mais assez éparpillés. Certains se mettent en haut des arbres, d’autres sur des fils électriques, d’autres encore carrément au sol. Je parviens à en capturer un, en vol, une proie dans le bec.

Je quitte les lieux heureux, impatient de revenir tenter un petit affût d’ici quelques jours. Ce n’est que la 2e fois de ma vie que je croise la belle bande bleue ! La 1re fois, c’était trois ans auparavant, à peu près à la même saison, mais plus au nord du département, dans la Drôme des collines. Une rencontre que j’avais raconté dans cette histoire.
Je reviens sur site le samedi 22 août – jour de mon anniversaire ! – en fin d’après-midi cette fois. J’installe mon filet en bordure d’un champ, dos à un arbre, à une trentaine de mètres d’un fil électrique utilisé par les rolliers comme perchoir.
C’est un fil affreusement moche, mais l’idée est d’essayer de prendre en photo les oiseaux lorsqu’ils s’envolent pour chasser des insectes. Pas une mince affaire ! Les rolliers ont beau être trapus et grands comme des geais, ils sont très agiles en vol et leur trajectoire de vol est un peu hasardeux.

Par chance, le rollier le plus proche de moi est superbement éclairé par le soleil de fin de journée. En fait la lumière est tellement belle que finalement, je ne le trouve pas si moche, ce fil électrique ! Surtout que je parviens à immortaliser ce moment précis où l’oiseau remonte pour se poser, une patte après l’autre, le tout avec un joli bokeh d’arrière-plan.

L’astuce, pour arriver à ce résultat, c’est de sous-exposer, pour bien isoler l’oiseau et éviter les lumières trop vives. Les appareils hybrides sont pour cela d’un grand secours, car on voit l’effet des réglages en temps réel, directement dans le viseur.

Pendant près d’une heure, je savoure ces moments rares avec ces visiteurs d’été, tentant non sans mal de multiplier les prises de vue nettes des oiseaux en vol. J’ai beaucoup d’échecs, évidemment, mais après un tri drastique une fois de retour à la maison, je retiendrai tout de même 15-20 photos assez correctes !

Le bleu est la couleur prédominante chez le rollier, mais son plumage est un joyeux mélange de turquoise, de marron-roux, de noir, et même de vert dans certaines lumières.

De toutes les photos que je parviens à prendre ce soir-là, je n’ai pas pu me résoudre à supprimer celle où j’ai un magnifique rollier en gros plan face à moi, toutes ailes déployées, sur le point de regagner son perchoir tout moche… Dommage pour le fil, mais il aurait été tout aussi dommage de supprimer un tel document !

Heureusement, quelquefois les rolliers choisissent des perchoirs plus naturels… Mais depuis ma cachette, rares ont été les moments où j’ai pu profiter d’une vue dégagée, sans branches parasites, pour leur tirer le portrait. La seule fois où j’ai pu le faire, je ne suis pas arrivé, hélas, à capter toutes la variété de couleurs de l’oiseau.

Mais à peine une minute plus tard après cette photo, j’ai eu une opportunité extraordinaire : un rollier est venu chasser un insecte à quelques mètres seulement de mon affût, ce qui m’a permis de le capter en plein vol où, pour le coup, on voit parfaitement bien les différentes nuances bleues de son somptueux plumage !

Je reviendrai sur site deux autres fois, les jours suivants, mais sans jamais avoir la même réussite que lors de mon anniversaire. Le 29 août, j’en photographie un non pas sur le fil, mais sur le poteau en bois qui tient le fil – de quoi enrichir ma collection de perchoirs moches !

Je repartirai tout de même ce soir là avec une belle photo supplémentaire de rollier en vol, où l’on peut apprécier cette fois la subtilité de sa robe sur le dessus des ailes et du dos, dont cette belle couleur verte dont je vous parlais plus haut.

Ma quatrième sortie sur ce site – le 30 août – n’est guère plus fructueuse. Les rolliers sont bien présents, mais beaucoup plus distants que la superbe séance 8 jours auparavant. On ne peut pas fêter dignement son anniversaire tous les jours !
Ce jour-là, j’aurai tout de même la belle surprise de voir débarquer un pic vert juvénile. Je l’entendais crier depuis plusieurs minutes, en haut du chêne sous le lequel j’étais caché, mais il a mis longtemps avant de se montrer et à m’offrir une petite fenêtre de tir !

Même si je n’étais pas venu pour lui, ça fait toujours plaisir de pouvoir prendre de belles photos de pics, des oiseaux bien colorés eux aussi, et présents toute l’année en France contrairement à leurs cousins africains !
C’en est fini pour cette histoire, mais je n’allais pas vous laisser, tout de même, sans vous montrer une dernière photo de rollier, l’oiseau star de cette histoire !

Merci de m’avoir lu jusqu’ici, et je vous dis à très vite pour une nouvelle aventure photographique !