Le pic noir : l’émotion de l’imprévu en Forêt de Saou !

A la recherche du pic noir… c’est le titre d’une histoire précédente racontée ici. Vous vous souvenez peut-être que j’avais fini par le trouver, à sa loge ! Mais n’allez pas croire que ça marche à tous les coups. Oh non ! Je ne compte pas le nombre d’heures passées à observer sans qu’il se passe le moindre petit quelque chose, dans le chaud, le froid ou la pluie, un grand trou noir de forme ovale, caché dans ma petite tente-affût ou derrière un filet de camouflage avec une dégaine à faire fuir le premier promeneur !

En vérité, la majorité de mes rencontres ces 4 dernières années avec cet oiseau fascinant ont été totalement impromptues, comme c’est le cas avec de nombreuses autres espèces. C’est d’ailleurs ce qui rend l’observation naturaliste et la photo animalière si émouvantes et imprévisibles. 

© Oeil Sauvage / Richard Holding

Et c’est précisément une de ces rencontres hasardeuses que je vais vous raconter aujourd’hui. Nous sommes le vendredi 4 octobre 2019, en fin de journée. Le temps est très sec ici dans la Drôme, les premières couleurs d’automne commencent à apparaître, timidement, et le ciel parsemé de petits nuages promet un beau coucher de soleil. Je décide donc de partir à la découverte d’un nouveau coin de la fameuse Forêt de Saou que je ne connais pas encore, pour tenter quelques photos d’ambiance. Mais même pour capter un paysage, vous ne me verrez pas sortir en forêt sans mon plus grand téléobjectif. Au cas où je tomberais sur un loup, un lynx… Ne sait-on jamais ! Ou simplement un petit passereau bien caché, là-haut derrière les branches. 

J’emprunte un peu au hasard un chemin d’exploitation qui grimpe légèrement sur un des côtés du synclinal du massif de Saou. J’écoute attentivement le moindre bruit en essayant de feutrer mes pas au maximum à mesure que j’avance sur les feuilles craquantes… Pour ça, la pluie normande me manque sérieusement ! Je croise quelques mésanges noires et huppées, des espèces typiquement forestières moins communes que leurs cousines bleues et charbonnières. Le reste de la faune se limite à quelques merles noirs qui retournent les feuilles dans les broussailles, un pigeon ramier ci-et-là qui décolle en panique, ou encore un couple de geais qui prend bien soin d’avertir l’entière forêt de la présence d’un bipède tout de kaki vêtu !

© Oeil Sauvage / Richard Holding

Après une bonne demi-heure de montée, je commence à avoir de belles vues sur les fameux Trois Becs et autres grands sommets du massif. Outre les oiseaux, je tombe sur une forte odeur d’urine de renard et quelques traces d’ongulés dans les rares flaques boueuses du chemin. La lumière décline, mais je continue à grimper car le chemin me guide vers une zone très différente de l’ambiance méditerranéenne que je viens de traverser. Je m’enfonce dans un pli de la montagne, moins éclairé, avec un gouffre de plus en plus profond à ma droite. Là, de grands hêtres aux troncs très lisses. Tout ce que préfère le pic noir pour nicher. A peine ai-je cette pensée que j’entends au loin (mais pas si loin) le long cri du pic noir justement. Je m’arrête pour identifier sa localisation. Tout en écoutant, je regarde plus attentivement les troncs des arbres devant moi : je ne mets pas longtemps avant d’apercevoir deux belles loges ovales ! Mais d’expérience je sais bien que trouver la loge ne veut pas forcément dire trouver l’oiseau, encore moins en période de non-reproduction. Mais nous sommes en fin de journée, et les pics sont des oiseaux cavernicoles qui passent la nuit à l’abri d’une loge. 

Je me dis donc “on ne sait jamais, il viendra peut-être se coucher d’ici quelques minutes dans un de ces trous !“ En même temps, je suis loin de ma voiture, sans lampe de poche pour retrouver mon chemin dans le noir… Mais j’ai un petit quart d’heure. 

Je m’assoies simplement sur le côté du chemin, complètement immobile et silencieux, cagoule de camouflage sur la tête, et j’attends. Bien m’en a pris ! Quelques minutes suffisent avant que j’entende le cri caractéristique poussé par le pic noir en plein vol, et de le voir se poser sur un arbre pas trop loin de moi, mais hélas trop dissimulé par les feuilles.

Cherchez le pic ! © Oeil Sauvage / Richard Holding

Il finit par disparaître plus loin, hors de ma vue. J’hésite à me lever, me disant que c’est fichu. Quelle erreur c’eût été ! Je suis sur le point de me lever quand j’entends à nouveau son cri en vol, mais beaucoup plus proche et de façon assez spectaculaire et complètement inattendue, je le vois se poser à ma gauche, sur un arbre qui se trouve à peine à 15 mètres ! Voir ce roi des pics – il fait la taille d’une corneille ! – est toujours une belle émotion, mais là, de l’avoir si près de moi, c’est un moment exceptionnel.  

Une fois posé, il pousse son autre cri strident – le cri territorial. Il a l’air tout énervé, et donne de gros coups de becs sur le bois. Je n’ose bouger d’un poil car il est très très proche ! Je suis étonné d’ailleurs qu’il ne se soit pas déjà envolé, je ne suis pas invisible ! Au moindre geste brusque, il va me repérer et prendre la fuite, à coup sûr. Pourtant, si je veux lui tirer le portrait, il faut bien que je me tourne de 45 degrés pour le viser avec mon appareil-photo. Il s’agit de trouver un bon compromis entre vitesse et précipitation, en croisant les doigts pour que l’oiseau reste suffisamment longtemps sur sa branche… Mission réussie ! 

© Oeil Sauvage / Richard Holding

Je suis très heureux de l’avoir immortalisé dans cette attitude, bec ouvert et tête enfoncée dans le cou, presque à l’horizontale sur la branche. Quelques instants plus tard, il s’envole vers un autre arbre, toujours aussi nerveux et bruyant, mais il me laisse le temps de refaire quelques photos, et surtout une petite vidéo à travers les feuilles ! 

Avant de partir pour de bon, il choisit un autre arbre, et finalement, la distance est plus appropriée pour le photographe et son sujet, car j’ai possibilité de le prendre dans son environnement, et qui plus est à contre-jour. 

© Oeil Sauvage / Richard Holding

Tout ceci a duré quoi…. 5 minutes à peine ? Une fois le pic parti, je reste quelques instants assis, tout émerveillé par la scène que vient de m’offrir Dame Nature – je suis seul, isolé dans cette forêt, et je vais rentrer chez moi avec une vive émotion et de vraies images pour me le rappeler. Et à travers cette histoire illustrée, vous en faire profiter aussi !

> A lire aussi : “A la recherche du pic noir

Les émotions ça se partage !
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2 Replies to “Le pic noir : l’émotion de l’imprévu en Forêt de Saou !”

  1. Un grand merci Richard pour cette vidéo magnifique . Je n’avais jamais vu de Pic Noir ni entendu son cri !
    Je prends toujours autant de plaisir à lire tes textes plein de poésie.
    Bonne continuation.
    Amitiés.

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