Le pivert et l’écureuil

Il a beau être commun, le pivert (ou pic vert) n’en est pas moins un oiseau farouche, voire très farouche ! On l’entend plus souvent qu’on ne le voit, ricaner derrière le fouillis des branches ou dissimulé dans les herbes folles. Quand on a la chance de l’apercevoir, c’est le plus souvent en mode “fuite fracassante” ! 

Contrairement aux autres pics de la famille, le pivert est souvent à même le sol à chasser des fourmis, ses plumes à dominance verte aidant beaucoup à son camouflage. 

Une photo faite en 2019 dans la Drôme, depuis ma voiture ! © Oeil Sauvage / Richard Holding

Pour l’observer, il faut donc soit être chanceux, soit se fondre dans le décor pour espérer le rencontrer sans qu’il s’en aperçoive. Comme il est particulièrement bruyant, il trahit souvent sa présence. Il “suffit” alors d’attendre discrètement qu’il se montre de lui-même. Cette prospection est plus aisée en hiver,  lorsque les arbres ont perdu leurs feuilles. Cette saison est aussi idéale pour scruter les troncs d’arbres à la recherche de loges potentielles. Venu le printemps, on peut alors tenter un affût à distance respectable pour savoir si ces loges sont occupées ou non. 

Un pivert sur le goudron d’une petite route de campagne, couvert de fourmis ! © Oeil Sauvage / Richard Holding

C’est précisément ce que j’ai fait au cours du printemps 2019, dans la forêt juste à côté de chez moi, dans la Drôme. Lors d’une balade en billebaude, j’ai surpris un pivert qui s’est envolé juste au dessus de moi. En levant la tête, j’ai vu qu’il était sorti d’une loge ! La chance a fait que le terrain était accidenté, et qu’il me suffisait de grimper sur un talus pour être à hauteur de la loge. Le pivert étant, comme je le disais au début de cet article, très craintif, il est primordial d’être le plus discret possible et d’éviter tout dérangement inutile qui compromettrait une éventuelle nichée. Je suis donc revenu quelques jours plus tard muni d’un filet de camouflage, que j’ai installé à une bonne vingtaine de mètres du trou.

Une des rares fois où j’ai réussi (juste en me baladant, sans camouflage) à photographier un pivert avant qu’il ne se doute de ma présence ! Automne 2019, Drôme © Oeil Sauvage / Richard Holding

Assis à même le sol, vêtu d’habits de camouflage et d’une cagoule pour masquer mon visage, je me suis fait vite oublier. Immersion méditative avec la nature !

Pendant une heure, j’ai observé sittelle, grimpereau, rouge-gorge, pigeon ramier… Mais nul pivert ! Je commençais à douter un peu : l’oiseau aurait-il déserté sa loge ? C’est alors que j’ai entendu un bruissement de feuilles, juste au dessus de ma tête. J’ai fait le mort plusieurs secondes, et j’ai vite compris qu’il s’agissait d’un écureuil roux – il m’était passé à un mètre à peine sans me voir !

© Oeil Sauvage / Richard Holding

Je l’ai suivi du regard sauter de branche en branche, jusqu’à ce qu’il grimpe sur l’arbre de la loge du pivert. C’est à partir de là que la magie a commencé. L’écureuil semblait troublé par quelqu’un ou quelque chose ; figé sur le tronc de l’arbre à regarder vers le haut, il n’osait plus avancer.

© Oeil Sauvage / Richard Holding

Quand tout à coup a surgi de nulle part, de l’autre côté du tronc, le pic vert ! Pendant plusieurs minutes, j’ai assisté à une scène d’intimidation absolument incroyable entre l’oiseau et le petit rouquin : l’écureuil cherchait à monter l’arbre, mais pour cela il fallait qu’il passe à côté de le loge du pivert. Ce dernier, voyant dans l’écureuil une menace potentielle pour sa nichée, faisait des tours du tronc pour l’en empêcher !

© Oeil Sauvage / Richard Holding

Malgré une lumière assez faible et des feuilles un peu gênantes, j’ai eu le temps de réaliser une série de clichés somme toute assez sympathiques, ainsi que des images vidéo, que je vous laisse découvrir ci-dessous.   

(Ce n’était pas la première fois que j’assistais à une passe d’armes entre un écureuil roux et un oiseau ; en 2018, dans l’Eure, c’est une pie qui s’est attaquée au petit lutin ! Ce jour-là, nul besoin de faire un affût en forêt, puisque j’ai tout vu et photographié depuis mon propre salon, en pantoufles ! (> lire ici)

Après cette scène extraordinaire, je suis revenu faire de nouveaux affûts dans les jours et semaines qui ont suivi, pour connaître la suite du film, et assister éventuellement au nourrissage* puis à l’envol des jeunes. Les deux affûts suivants, j’ai pu observer et photographier le pic, mais au 3e affût, puis au 4e, plus rien… Malheureusement, la nichée a dû être un échec. L’écureuil était-il le coupable ? Mystère ! 

© Richard Holding / Oeil Sauvage

*Une scène de nourrissage, il m’avait été donné d’en observer une, en 2018, en Normandie. Non pas à la loge, mais sur la pelouse de mon propre jardin ! Je n’ai jamais compris où les pics avaient niché, mais ce jour-là, j’ai eu beaucoup de chance : je regardais par la fenêtre du salon, au 1er étage, quand j’ai vu ce jeune se faire nourrir par un adulte. J’ai sauté sur l’appareil, suis descendu dans le hall d’entrée du rez-de-chaussée, et très discrètement, j’ai entrouvert la porte d’entrée pour faire passer l’objectif et viser les deux oiseaux. Un beau moment !

© Richard Holding / Oeil Sauvage

 

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