La pie et l’écureuil

Dimanche 8 avril 2018, neuf heures du matin. Il fait moyennement beau en ce début de printemps, mais peu importe, je pense déjà à quel nouveau coin sauvage je vais pouvoir explorer. Comme d’habitude, je prends mon petit-déjeuner tout en observant le jardin, et au-delà, la prairie du voisin où vivent les chevêches, puis les champs qui s’étendent jusqu’à la Seine. Les jumelles sont toujours posées sur le rebord de la fenêtre, au cas où un OVNI passerait dans le ciel, ou un oiseau plus familier… Mais ce matin-là, chose pas si fréquente, c’est un écureuil roux qui s’est aventuré dans la propriété, en courant comme il fait parfois sur les tuiles du mur qui sépare le jardin de la propriété voisine. Il descend sur la pelouse, puis grimpe le grand cèdre où j’ai installé une mangeoire spécialement conçue pour lui – construit en bois mais avec une devanture en plexiglas. (En principe, l’écureuil intelligent doit pouvoir soulever le couvercle avec sa tête et attraper les cacahuètes et autres noix que je lui ai laissées à l’intérieur, mais aucun n’a encore jamais tenté de le faire – je le sais, car j’ai compté le nombre de noix !).

Quelques minutes plus tard,  voilà le petit rouquin qui repart dans l’autre sens, il fait un sprint tout le long du mur, et s’en va grimper dans un autre arbre, un grand pin.  Je retourne à mes tartines, car il a disparu dans les branchages. Mais à peine ai-je le temps de détourner le regard, que j’entends des petits bruits étranges, tout en haut de l’arbre : je regarde aux jumelles, et même si je ne vois pas exactement ce qu’il se passe, je pense comprendre qu’une pie est en train d’attaquer l’écureuil, car ça se passe précisément là où j’ai observé les jours précédents les pies construire un nid ! En fait, ce n’est pas la pie qui attaque l’écureuil, c’est l’écureuil qui attaque le nid, ou du moins s’intéresse à ce qu’il y a dedans… Je saute sur mon appareil photo et me tiens prêt pour documenter la scène – très vite, la pie apparaît de derrière les branches, et fonce sur l’écureuil ! J’ai le réflexe de mitrailler, en espérant qu’au moins une des photos sera nette… Gagné !

Pas beaucoup de temps pour réfléchir… J’allume l’appareil photo, je choisis le mode C3 qui correspond à mes réglages “photo d’action”, et je vise ! 300mm – f/4.5 – 1/1600s – iso 500 © Richard Holding / Oeil Sauvage

L’écureuil est maintenant tout à fait invisible, il semble se cacher dans des branches touffues, pour se protéger des coups de bec de la pie mécontente… Comme je ne vois pas le nid, j’ignore si l’écureuil a volé les œufs de la pie, en tout cas je n’en vois pas la trace.

Les minutes passent, la scène se calme. J’en profite pour regarder les photos que j’ai prises. Toutes celles de l’écureuil sont floues ! Pas simples à photographier ces petits rongeurs qui se faufilent dans les branches à grande vitesse… Mais voilà qu’il se montre à nouveau ! Il descend tranquillement le tronc de l’arbre, et fait une halte à un mètre du sol, semblant hésiter. La pie est loin, il n’a pourtant plus rien à craindre. Là c’est bon, je vais pouvoir faire quelques clichés, même s’il est un peu loin. Je suis toujours dans ma cuisine, à regarder toute la scène par la fenêtre !

Quelques instants avant qu’il ne fasse un saut dans l’herbe…
300mm – f/4 – 1/1250s – iso 400 © Richard Holding / Oeil Sauvage

Le film déjà bien entamé, ce n’est que maintenant que le soleil décide de montrer le bout de son nez. Il est l’heure de chausser les bottes et de partir pour une nouvelle aventure photo-naturaliste. Mais pas sans avoir essayé de capturer le saut du petit rouquin ! Surtout que ce n’est pas tous les jours qu’il nous rend visite dans le jardin…

C’est loin d’être parfait, mais je peux maintenant dire que j’ai mon premier “écureuil volant” dans la boîte !
300mm – f4 – 1/1250s – iso 500 © Richard Holding / Oeil Sauvage

Et qu’en est-il de la pie ? Elle a continué sa vie, tranquillement, il n’y a plus qu’à attendre le mois de mai pour savoir si des poussins pie vont éclore ou non dans le nid… Mais attendez, il me reste une photo à vous montrer… Une autre de la pie justement ; sur le moment, en la regardant sur l’écran de l’appareil photo, elle ne m’avait pas interpellée beaucoup plus que cela, à part qu’il s’agissait d’une belle prise en vol. Ce n’est qu’en passant les photos en revue sur l’ordinateur que j’ai compris que par un énorme coup de chance,  j’avais aussi réussi à photographier un “morceau” d’écureuil dans le bec de la pie – une belle touffe de poils roux !  Cette photo-là, je ne suis pas prêt de la refaire, à mon avis… D’ailleurs, si vous regardez bien sur la photo de pie plus haut, on voit aussi quelques poils !

La pie à moustaches !
300mm – f/4.5 – 1/1600s – iso 500

 

Les émotions ça se partage !
  • 2
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

5 Replies to “La pie et l’écureuil”

  1. Quelle histoire! C’est mouvementé les petits déjeuners chez toi! Ta photo de la pie en attaque me fait terriblement penser à l’oiseau du ‘Roi et l’oiseau ‘ !
    Tiens nous au courant pour savoir si tu rencontreras un ‘ecureuil intelligent’ !!!

  2. Une belle histoire qui se termine bien pour tout le monde et avec un petite touche d’humour avec cette “pie à moustache” une espèce que je n’avais jamais rencontrée ! Bravo Richard :-))

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *