Les oiseaux surprises à la mangeoire

Pour se familiariser avec la gente ailée, rien de mieux que la saison hivernale, lorsque les feuilles mortes gisent à terre et que viennent à manquer insectes, fruits, baies et autres graines. Le froid, le givre, la neige… de novembre à mars, beaucoup d’espèces d’oiseaux peinent à trouver de la nourriture dans ces conditions, il est donc tout à fait possible et même recommandé de leur venir en aide, en leur offrant graines, boules de graisse et autres pâtées d’insectes succulents, disposées dans des mangeoires adaptées.

C’est un avis qui n’engage que moi, mais la plupart des mangeoires du commerce sont assez moches, surtout celles en plastique. Si vous avez de quoi bricoler, n’hésitez pas à créer vos propres supports ! Pour ma part, j’ai trouvé par exemple une belle bûche creuse, que j’ai suspendue sur une branche d’arbre remplie de graines de tournesol. Cependant, pour observer les oiseaux manger pendant plus longtemps, la meilleure mangeoire est celle qui permet d’accueillir un grand cylindre de nourriture concassée (une bonne astuce si vous voulez attirer les pics – voir plus bas !). Pour une fois, j’ai réussi à trouver dans une jardinerie un support en fer forgé plutôt élégant.

En tant que photographe animalier, je fais en sorte d’installer mes mangeoires de façon à tirer de beaux portraits des oiseaux, en évitant justement de cadrer sur les mangeoires, souvent inesthétiques. Je préfère nettement voir les oiseaux évoluer dans leur milieu naturel plutôt que sur un support artificiel. Pour cet article cependant, j’ai choisi des photos où l’on voit les mangeoires, pour vous donner des idées pour vos propres installations.

Sittelle torchepot, avec son bandeau de Zorro © Richard Holding / Oeil Sauvage

Installez les mangeoires sur votre balcon, dans votre jardin, en veillant à ce qu’elles soient inaccessibles aux prédateurs (les chats !), et profitez du spectacle depuis l’intérieur de votre appartement, votre maison ou votre caravane ! Si vous souhaitez les photographier en revanche, il ne faudra pas craindre le froid, et laisser la fenêtre ou la porte entre-ouverte pour faire passer l’objectif. Les plus vaillants se faufileront dans leur tente-affût judicieusement placée avec trois paires de gants et deux bonnets péruviens. Les plus malins profiteront du confort de leur propre voiture – moteur éteint bien entendu ! – aménagée avec un filet de camouflage sur la vitre, et un thermos de thé bien chaud sur le siège arrière. Attention à ne pas vous installer trop près, entre 5 et 10 mètres c’est l’idéal – plus près et vous effaroucheriez tout ce beau petit monde. Les oiseaux sont certes moins farouches en cette saison, car guidés par la faim et leur instinct de survie, mais ils restent des animaux sauvages.

Quels oiseaux observer ?

Faire un affût à la mangeoire, c’est aussi avoir plein d’opportunités pour tenter de prendre les petits passereaux en plein vol ! Exercice compliqué… Ici une mésange charbonnière, graine dans le bec © Richard Holding / Oeil Sauvage

Tous les oiseaux du jardin sont susceptibles de profiter des denrées que vous aurez mises à leur disposition, même les plus timides. Vous pouvez espérer observer différents types de mésanges, surtout les bleues et les charbonnières, mais aussi avec un peu de chance des nonnettes, des noires ou des huppées, selon la région dans laquelle vous vous trouvez. J’ai eu la chance, pour ma part, d’observer ces 5 variétés au cours d’une même saison, chez moi dans l’Eure, pendant l’hiver 2017.

Bien sûr, George le rouge-gorge vous fera très certainement l’honneur de sa présence. D’ailleurs, sous son aspect rondelet bien sympathique se cache en fait un vrai sale caractère. Il n’hésitera pas à monter la garde et adopter une attitude “chasse gardée”, surtout envers d’autres de son espèce… A ne pas confondre avec le pinson des arbres, qui a aussi une poitrine rougeâtre, mais un gros bec conique et un comportement très différent.

Rouge-gorge familier. J’ai installé cette branche juste à côté de ma mangeoire-bûche ; certains oiseaux s’y posent avant d’entrer dans la bûche, ce qui m’offre de belles possibilités de portrait, tout en conservant un environnement naturel © Richard Holding / Oeil Sauvage.

L’autre oiseau capable de semer la terreur, c’est la sittelle torchepot (voir photo plus haut), une vraie goinfre qui raffole surtout des graines de tournesol et qui n’hésitera pas à  s’imposer devant tout le monde !

Un autre client fort sympathique susceptible de venir remplir son gosier est le magnifique pic épeiche – sa taille imposante risque d’ailleurs fort de faire fuir momentanément les plus petits passereaux, impressionnés par son  immense bec marteau-piqueur.

Des oiseaux un peu moins connus du grand public tels le discret accenteur mouchet, le verdier, le chardonneret, voire avec un peu de chance le magnifique bouvreuil pivoine pourront aussi montrer le bout de leur bec. Selon votre région, vous aurez aussi peut-être l’opportunité de voir débarquer une bande de pinsons du Nord, une variété qui passe le reste de l’année dans les pays nordiques, notamment la Scandinavie. Idem pour les tarins des aulnes.

Pinson des arbres (mâle), en pleine tempête de neige ! © Richard Holding / Oeil Sauvage

Quant aux merles, tourterelles ou pigeons, oiseaux très communs, vous les verrez surtout à même le sol, profitant de la nourriture tombée des mangeoires.

Selon le type de support et type de nourriture disposés, vous aurez peut-être aussi la visite surprise d’un écureuil roux qui, en principe a déjà fait ses réserves pour l’hiver, mais par facilité, certains n’hésiteront pas à venir profiter du festin.

Il n’y rien de vraiment prévisible en réalité, et c’est ce qui rend agréable cette activité de nourrissage, en hiver. Tenez, dans mon jardin normand par exemple, en 2017, ce n’est pas le pic épeiche qui est venu marteler le cylindre de pâté de vers que j’ai installé à plus de 2 mètres dans l’arbre le plus proche de ma fenêtre, mais un… pic mar ! Une espèce similaire, mais bien moins commune, surtout dans un jardin. Une belle surprise que j’ai réussi à immortaliser.

Le pic mar se distingue du pic épeiche notamment par sa calotte rouge qui lui recouvre toute la tête © Richard Holding / Oeil Sauvage

Chaque saison, les effectifs de telle ou telle espèce peuvent beaucoup varier, selon les conditions météorologiques. Par exemple, la saison 2017-2018 a été marquée de façon assez exceptionnelle par une arrivée massive dans certaines régions de France du gros-bec casse-noyaux, un magnifique passereau au bec conique bien plus imposant que ses petits cousins les verdiers et les pinsons. L’oiseau, très difficile à observer en temps normal, évolue surtout dans les cimes des arbres, en forêt, mais cette année-là beaucoup ont bravé leur timidité et sont venus se régaler, eux aussi, à la mangeoire, pour le plus grand bonheur des photographes et amateurs d’oiseau.

Le gros-bec dans sa belle robe aux couleurs automnales. Vivement leur retour cet hiver ! © Richard Holding / Oeil Sauvage

Si vous souhaitez des conseils plus précis sur le type de nourriture à acheter, le type de mangeoire à disposer, n’hésitez pas à laisser vos commentaires ci-dessous. Vous pouvez aussi contacter la LPO ou toute autre association de protection animale, locale ou nationale.

Bonnes observations à tous !

P.S : un conseil important : si vous achetez des boules de graisse dans des filets en plastique, mieux vaut enlever les filets et placer les boules dans un support adapté, sinon le risque existe que les oiseaux s’emmêlent les pattes et se retrouvent piégés.

Retrouvez-moi sur la page Facebook “Oeil Sauvage”, où je poste une photo par jour ! Idem sur ma page Flickr

Les émotions ça se partage !
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4 Replies to “Les oiseaux surprises à la mangeoire”

  1. Nous vous avons croisé sur les bords de la Seine le week-end dernier: une bulle d’oxygène dans une matinée froide et colorée
    Nous apprécions votre quête d’image et de vie en espérant partager vos futures émotions.
    Renée LUSSERT ( artiste peintre)

  2. Quel beau défilé !!! Je n avais pas vu cet article encore! J’ai lu un post dernièrement, qui mettait en garde sur les graines et boules de graisses ‘non bio’, bourrées de pesticides , pas top top pour les oiseaux, car ils sont très sensibles à tous les traitements chimiques, et donc évidemment les graines en sont bourrées… Bon du coup le bio , meme si loin d’être parfait , resterait ‘moins pire’ … J’ai trouvé divers types de graines biens à biocop et en vrac pas cher et ils m’ont super bien conseillé, ça correspondait à ce que javais pu lire sur la LPO ou autre. Pour les boules de graisses, du coup ,moins facile à trouver, j’imagine qu’il vaut mieux les faire tout seul ? En tout cas les graines seules marchent déjà tb , même si c’est un petit peu moins attirant, mais c’est le défilé rouge gorge, ramier, mésange et moineaux … (petit jardin à 10km de Paris chez ma maman)…

    1. Oui, tu as raison je n’ai peut-être pas insisté suffisamment sur la préférence du bio… Le propriétaire de mon nouveau logement est un grand fana d’oiseaux, il a des seaux entiers de graines de tournesol bio dans lesquels je peux allègrement piocher pour remplir la mangeoire installée devant ma nouvelle fenêtre, c’est royal !

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