Il fait encore nuit lorsque je suis réveillé par son cri. Je dors dans l’une des dix maisons du petit lieu-dit où j’ai grandi, un endroit plein de souvenirs d’enfance ancré entre deux bois de la bucolique campagne poitevine, ses champs ondulés et ses châtaigniers multi-centenaires.
Il y a 5 ans, elles étaient deux, blotties l’une contre l’autre sous le toit de la grange semi-abandonnée. En plein hiver, j’y étais rentré sur la pointe des pieds, pour y effectuer un unique cliché.

Sur la façade sud de ce même bâtiment, les huppes avaient niché dans une trouée en forme de T. Pendant le confinement, j’avais passé toutes mes fins de journées caché à essayer de les photographier.

Elles se rendaient souvent pour chasser dans un grand jardin, à 100 mètres de là, où un couple de chouettes chevêches avait pris ses quartiers.

Ce 4 avril 2026, trois hommes et une femme voyagent autour de la lune, une première depuis les missions Apollo des années 60 et 70. En ouvrant la petite fenêtre qui donne sur le jardin arboré, je contemple notre astre légèrement voilé. Il plonge lentement derrière le grand noyer.

La dame blanche vient tout juste de passer. Grâce au phare lunaire, je devine sa silhouette, son vol léger et papillonnant.
Elle est maintenant postée quelque part, sans doute un toit ou un poteau électrique. Je l’entends à nouveau pousser son cri frissonnant.

Une timide lueur plein ouest trahit un lever du jour imminent. Mes yeux toujours plongés dans la nuit se posent sur toutes sortes de gargouilles imaginaires. Ce n’est qu’en regardant à travers le viseur de mon appareil photo, en direction d’une masse un peu suspecte, que je me rends compte que je suis observé par l’oiseau, depuis 1 ou 2 bonnes minutes certainement !
La Dame Blanche se tient là, à 50 mètres de moi, gracieuse et merveilleuse, son regard si énigmatique. Qui suis-je pour elle ? Il fait encore noir, mais le peu lumière disponible devrait m’aider à la photographier.

Après quelques difficiles secondes à tenter de l’immortaliser, sans trembler, elle disparaît pour retourner, sans nul doute, dans la pénombre de la grange.
Il est 7h du matin et, depuis le confort de mes pantoufles, je viens de vivre l’une de mes plus belles aventures sauvages. Des risques j’en ai pris, je peux vous l’assurer : pour lui tirer le portrait, à notre superbe effraie, j’ai dû me torsionner et jouer les équilibristes sur le rebord de la fenêtre. En tombant je me serais sans doute agrippé à la vigne, comme un loir à la recherche de ses grains du matin.

Après une fin de nuit aussi agitée, la journée s’annonçait plus tempérée. En patrouillant le jardin quelques heures plus tard, chaussures de randonnée cette fois aux pieds, j’ai entendu un autre cri. Celui d’un rapace diurne bien connu. Les faucons crécerelles sont revenus parader. Ils font le tour du pâté de maisons non sans discrétion, se posent en haut des arbres, des toits, et attendent le bon moment.

Je les vois s’accoupler ! Voilà plusieurs années de suite que ces oiseaux nichent sur la façade ouest de la grande maison aux pierres apparentes. En me dissimulant à l’étage de la maisonnette voisine, j’avais pu assister, l’an passé, à l’intimité d’une séance de nourrissage.
Il est maintenant temps pour moi de rentrer dans la Drôme. Dans quelques jours, je retournerai sur les lieux de ma rencontre pascale de l’année 2025, celle des trois petites chouettes hulottes ! (j’avais raconté cette histoire ici).

Merci de m’avoir lu, et à bientôt pour une nouvelle histoire sur la faune 100 % libre et sauvage !