Les falaises vertigineuses du sud du Vercors, près du col du Rousset, sont un endroit idéal pour observer les vautours géants présents dans la Drôme.
Avec un peu de chance – et surtout de la patience ! – on peut espérer y voir les quatre espèces différentes. Cela ne m’est encore jamais arrivé la même journée, mais j’ai bel à bien vu – et photographié ! – chacune des espèces, à des jours différents, à chaque fois à peu près au même endroit.

Le plus commun de ces charognards ailés est le vautour fauve. L’espèce est désormais bien présente dans le Vercors et les Baronnies ; on peut être sûr d’en voir au moins un ou deux à chaque fois que l’on sort randonner en montagne, sur des sommets ou des cols bien dégagés.
Avec son cou blanc-beige, le fauve se reconnaît d’assez loin, à condition d’avoir des jumelles sur soi et de ne pas le regarder à contre-jour.

Beaucoup plus rare, avec quelques couples nicheurs à peine, le vautour percnoptère est le plus petit du quatuor. Adulte, il est facile à reconnaître avec son masque jaune et son plumage blanc et noir bien contrasté. C’est aussi le seul à migrer en Afrique, l’hiver. En 7 ans dans la Drôme, c’est un oiseau que je n’ai eu la chance d’observer que 2 ou 3 fois seulement ! J’avais raconté ma toute première rencontre avec lui dans l’histoire « J’ai rendez-vous avec un vautour blanc« , en juillet 2019, alors je n’étais dans la Drôme que depuis 6 mois.

Au bout de la chaîne alimentaire, le gypaète barbu se démarque de ses cousins par son régime exclusivement constitué… d’os ! C’est donc le dernier à se servir, sur une carcasse, après qu’elle a nettoyée de sa chair en décomposition par les autres vautours de la famille. Pour ingérer sa pitance, il commence par briser les os en les faisant tomber, depuis le ciel, sur des roches. Un oiseau qui a bien compris le principe de la gravité !

Si vous vous demandez comment il fait pour ingurgiter les os, sachez que son organisme produit des sucs gastriques très acides qui lui permettent de digérer plus facilement. Ce « casseur d’os », comme on le surnomme, est assez rare également, mais j’ai pu vivre différents moments très émouvants avec lui, notamment en octobre 2020, juin 2022 et janvier 2025.

Reste le vautour moine, le plus sombre de tous, avec un plumage à dominance marron et un cou assez noir. Alors que la tête du juvénile est bien noire, tout comme chez les gypaètes, celle des adultes devient de plus en plus clair à mesure qu’ils vieillissent. C’est un rapace théoriquement visible toute l’année, mais il beaucoup moins commun que le vautour fauve avec qui il vole parfois.

Le moine avait totalement échappé à mon objectif, toutes ses années, jusqu’au jour où, en revenant d’une superbe randonnée hivernale au-dessus du Col de Rousset, un individu nous est passé tout près, éclairé à contre-jour par une magnifique lumière de fin d’après-midi !

C’était le 15 février 2025. Déjà, j’avais été très heureux d’avoir pu photographier ce jour-là quelques vautours fauves dans de superbes conditions, dont l’un surpris en plein transport de matériel de construction pour son nid qui devait se trouver pas loin, en dessous de nous, à flanc de falaise.

Depuis le plateau à moitié enneigé, les paysages vers le sud sont à couper le souffle, surtout la fin d’après-midi lorsque le soleil est bas, derrière un ciel voilé, et que la brume dans les vallées donne un aspect mystérieux et féérique aux reliefs successifs qui se superposent vers l’infini.

Un sentier permet de longer toute la falaise, à quelques mètres du précipice, une expérience assez jouissive à condition de ne pas trop avoir le vertige !
Un itinéraire obligé en tout cas, si on veut espérer voir les vautours dans les meilleures conditions possibles, puisqu’ils planent souvent juste en-dessous de vous, et tant qu’on ne s’approche pas du bord de la falaise, on ne les voit tout simplement pas !

Bien m’en a pris, en tout cas, ce jour-là, de me rendre à cet endroit, pour enfin tirer le portrait de celui qui m’avait si longtemps échappé !

Je vous laisse avec cette dernière image d’ambiance, où un vautour fauve se fait harceler par un grand corbeau. Une photo qui permet de bien voir la différence de taille entre les deux espèces !