Le 24 mai 2026, je me décide à passer la soirée sur mon spot à faucons hobereaux, au bord d’une superbe rivière sauvage aux eaux vives, dans le Vercors drômois.
Arrivé sur place vers 18h, je m’installe sur une mini-plage derrière un arbre couché auquel j’ai accroché un petit filet de camouflage. Dans l’attente des faucons, je suis diverti par les allers et venues de la petite flèche orange et bleue, j’ai nommé le martin-pêcheur d’Europe. Un éclair d’oiseau au vol rasant ultra rapide, qui n’a hélas pas eu la bonne idée de faire la moindre petite halte sur les nombreux perchoirs naturels offerts par l’arbre mort qui me sert de cachette !
Mais dans mon champ de vision j’ai un autre visiteur, posé bien plus loin, sur un rocher enherbé de l’autre côté de la rivière : le cincle plongeur ! Ce petit « merle d’eau » comme on le surnomme est vite rejoint par un congénère. Tous deux sont posés à quelques centimètres l’un de l’autre. Au vu de leur robe décolorée, il me semble que ce sont des jeunes de l’année. Pour la photo, ils sont bien trop éloignés pour obtenir quelque résultat satisfaisant, mais je les vise tout de même car ils adoptent tout à coup un comportement amusant, comme s’ils se battaient déjà pour délimiter leur territoire !

Puis, pour mon plus grand bonheur, un harle bièvre débarque à l’improviste pile devant moi pour pêcher au milieu de la rivière. Je parviens à trouver une trouée à travers l’arbre couché pour le photographier, précisément au moment où il se relève pour battre des ailes !

Je continue à l’observer plusieurs minutes, sa technique de pêche semble assez simple : il se place à contre-courant et plonge simplement sa tête sous l’eau pour tenter d’attraper des petits poissons. Il les mange rapidement, mais sur l’une des photos rapportées j’arrive à immortaliser le moment où il a encore sa proie dans le bec, juste avant de l’avaler.

Il est désormais 19h24, et pendant une bonne demi-heure je ne vois plus grand chose. Les faucons ont semble-t-il décidé de me faire faux bond… J’ai vraiment dû voir une chance extraordinaire, deux années de suite, pour pouvoir observer et photographier ces superbes rapaces à ce endroit précis de la rivière.
Passé 20h, je vois débarquer un autre harle, que dis-je : toute une famille de harles ! Une mère avec ses jeunes toujours en duvet. Je ne suis pas suffisamment au ras de l’eau pour avoir le flou de premier-plan recherché, il n’empêche que ma position m’offre une belle scène naturaliste qu’il serait dommage de ne pas photographier !

Après ce nouvel interlude harlesque, je décide de sortir mon pique-nique du soir, l’appareil photo toujours à portée de main au cas où une loutre ou un alligator passeraient par là. Mais non, rien du tout. Pendant quasiment une heure, c’est le calme complet. C’est fichu pour les faucons, me dis-je, mais je décide tout de même d’attendre le crépuscule, car je sais que ces oiseaux attendent souvent le soir pour sortir chasser de gros insectes.

À mesure que le jour décline, la lumière devient fabuleusement dorée. L’heure préférée des photographes ! À 20h53, je décide enfin de sortir de ma cachette et de m’approcher de l’eau pour essayer de repérer quelques petites créatures qui voudraient bien poser quelques instants. C’est là, à quelques centimètres du cours d’eau, que je remarque un tout petit crapaud. Il a des pupilles verticales intrigantes. Idéalement placé sur un galet, je lui tire le portrait avec la rivière qui passe en arrière-plan.

C’est alors qu’un éphémère se pose pile à côté de lui, que dis-je : sur lui ! Il lui monte sur le corps, le dos, puis carrément la tête. Il a ensuite la très mauvaise idée de s’aventurer dans le champ de vision de notre petit amphibien qui, visiblement de sortie pour le dîner, tente de l’attraper en un coup de langue. Un moment exceptionnel que je puis parvenu, par chance, à filmer !
A mesure que je prends des photos, je ne remarque pas le niveau de l’eau qui commence curieusement à monter, et je me rends compte que mon sac à dos est mouillé… Le crapaud aussi, est rejoint par la rivière, ce qui l’oblige à avancer de quelques centimètres pour se maintenir au sec.

Lové dans les galets, il continue à me fasciner, surtout dans cette belle lumière de fin de journée. J’en profite à max, car je crois bien que c’est la première fois que je tombe sur ce qui me semble être un Alyte accoucheur !

Ces petits crapauds ne sont pas très visibles la journée. Ce sont leurs petits cris brefs et à intervalles réguliers, poussés à la nuit tombée, qui trahissent le plus souvent leur présence. Avec une oreille inexpérimentée, on peut les confondre avec le chant du petit-duc scops, le plus petit des hiboux présents en France.

À 21h15, la lumière passe rapidement du doré au rosé. Je suis dans une vallée trop encaissée pour admirer pleinement le coucher de soleil, mais le ciel et son reflet sur l’eau sont absolument splendides. Heureusement, j’ai devant moi un sujet très sage et immobile, peu préoccupé par ma présence, ce qui fait que malgré le manque de luminosité, je peux lui tourner autour, sans le déranger, pour trouver les meilleurs cadrages en utilisant une vitesse assez lente pour éviter des photos trop bruitées.

Et voilà comment une sortie aux faucons hobereaux a accouché d’une rencontre insolite avec l’Alyte, à l’heure rose, pour mon plus grand bonheur ! J’espère que cette petite sortie à la rivière vous aura plu, et je vous dis à bientôt pour une nouvelle histoire !

- Pour lire l’histoire sur ces fameux faucons (publiée par ailleurs dans la magazine Nat’Images), c’est par ici.
- Et si vous aimez les amphibiens, ne passez pas à côté de cette autre histoire consacrée à la salamandre tachetée !