L’été des bouquetins

La petite tente de bivouac est restée dans la voiture. Ce samedi 20 juin 2026, il fait atrocement chaud. 60 départements sont placés en vigilance orange canicule. Le lendemain, une bonne moitié d’entre eux basculera même en vigilance rouge. 

Près du parking de départ de randonnée, des centaines de moutons fraîchement débarqués du sud de la France sont parqués dans des prairies d’herbe grasse, vaillamment gardés par plusieurs chiens de troupeaux. Demain ou après-demain, tout ce petit monde sera conduit en alpage, en plein cœur de la Réserve naturelle. Si je veux encore voir quelques fleurs et insectes, c’est le moment ou jamais de grimper là-haut ! 

D’un pas décidé, je m’engage sur le petit sentier balisé. Il est 20h passé et il ne faut pas que je traîne si je veux trouver un spot approprié pour passer la nuit. Après une bonne heure de marche dans le vallon, sans voir d’animaux à part la brève apparition d’un lièvre brun, j’accède enfin au sommet de la montagne où je profite d’une vue imprenable sur le célèbre Mont Aiguille et toute la chaîne des Alpes. En attendant la lumière bleue du crépuscule, je scrute les crêtes et rebords de falaises à la recherche de chamois et de bouquetins. C’est bien calme ce soir…  

Arrivée la nuit, j’installe mon matelas sur un petit replat herbeux, au pied d’un buisson situé à 30 mètres d’un impressionnant précipice. Avec des images de loup et d’autres bêtes fauves en tête, je m’endors paisiblement sous la voûte étoilée…

Le lendemain, aux premières lueurs du jour, je replie silencieusement mon mini-campement et pars explorer les environs, l’appareil photo chargé et prêt à dégainer. Il est 5h18, et je semble être le seul humain à profiter des premières heures du nouvel été. Après 5 minutes de marche à peine, je vois apparaître une silhouette furtive qui se détache à contre-jour. Un bouquetin, enfin ! Il fait encore très sombre pour mon boîtier, et les mouvements de l’animal créent un flou de bougé… Ce qui, après tout, a son petit effet !

En contrebas, un vieux bouquetin mâle s’est couché sur un bout de rocher difficilement accessible. L’occasion est trop belle, avec ces couleurs roses-orangées du ciel : je change d’objectif pour pouvoir dézoomer et intégrer l’animal dans son milieu, donnant ainsi à la photo un caractère quelque peu plus… vertigineux !

En poursuivant ma petite ascension, je croise, cette fois, tout un groupe de bouquetins en vadrouille. Eux aussi se détachent du ciel, en d’intrigantes ombres chinoises.   

Dix minutes plus tard, j’accède à une grande pelouse fleurie, investie par un groupe de bouquetins plus important encore – entre 20 et 30 individus je dirais. Je m’assois pour les observer brouter. Ils semblent être très indifférents par ma présence…

Quoique : en me retournant, je constate avec surprise que deux mâles se sont approchés de moi, délicatement. Bien alignés l’un derrière l’autre, ils m’offrent de la position où je suis un superbe cadrage pour les immortaliser. 

Je suis réveillé depuis une heure maintenant, et le soleil est toujours caché derrière l’horizon. Mais l’ambiance ne cesse de changer, et avec l’aurore les paysages sont imbibés de teintes plus rosées désormais. C’est le moment idéal pour faire quelques portraits de bouquetins, dans des tons pastels. 

Le rose se change maintenant en jaune et en orange. Il est 6 heures passées et les insectes sont déjà bien réveillés. Le lever de soleil s’annonce imminent sur cette grande et belle forteresse du Vercors, où l’on nous promet une nouvelle très chaude journée.

Globalement paisibles, les bouquetins ont aussi parfois leurs petits moments de folie. Sans crier gare, certains se cambrent tout à coup sur leurs deux pattes arrière, d’autres baissent la tête et viennent se provoquer, d’autres encore se mettent à courir quelques secondes avant de s’arrêter net… Autant de comportements différents que j’ai eu loisir d’observer, sans qu’ils ne sentent à aucun moment inquiétés ! 

Avec le soleil qui monte désormais dans le ciel, il est temps pour moi de redescendre doucement dans la vallée. Dans une heure, la lumière sera déjà trop crue et sur cette montagne très peu ombragée, les séances photo seront nettement moins agréables que celles du petit matin. 

Lors de ma descente je croiserai plusieurs passereaux, dont des alouettes, le rouge-queue noir et l’immanquable traquet motteux. 

Et bien sûr, des marmottes ! Ces gros rongeurs des alpages trahissent leur présence par leurs imposants terriers, mais aussi et surtout par leurs cris très sonores qu’ils poussent à la moindre alerte. Ne souhaitant pas trop les déranger, j’ai tenté quelques photos de loin, en utilisant arbres et buissons pour jouer avec les flous de premier plan.

Un peu plus bas, je croise la route d’un superbe merle à plastron avec le bec plein de vers – il doit avoir un nichée pas loin ! 

Vers 9h30, arrivé enfin à ma voiture, je roule quelques minutes avant de me poser au bord d’un ruisseau, pour prendre le petit-déjeuner. En attendant que le café se prépare, je mets un coup de jumelles dans le pierrier situé juste en face de moi, à une centaine de mètres. Je me souviens y avoir déjà vu des chamois, il y a quelques années… J’ai de la chance : ils sont à nouveau là ! Profitant d’une trouée à travers les branches d’un pin, j’attends que l’un d’entre eux lève sa tête pour l’encadrer avec de jolis ronds de bokeh.

Quelques instants plus tard, dans ce même pin, je remarque un pouillot de Bonnelli passer de branche en branche, à la recherche d’insectes à manger. Lui aussi finira dans la boîte, non sans mal tant il bouge beaucoup et se pose rarement plus d’une seconde au même endroit ! 

Et voilà qui met un terme à cette première petite excursion photo de l’été. J’espère que cette petite histoire vous aura plu, et je vous dis à bientôt pour de nouvelles aventures !

Les émotions ça se partage !

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