Il est environ 20h40, ce samedi 13 juin 2026. Je reviens de Saillans en voiture, où j’expose pour le week-end dans le cadre du tout premier festival PhotoDrôme. La journée a été très intense, pleine de rencontres avec un public enthousiaste et fasciné, pour certains, de découvrir la variété de la faune sauvage locale qui les entoure.
À moins d’un kilomètre de la maison, je m’engage sur une toute petite route de campagne qui traverse de grands champs agricoles. À gauche, une vue sublime sur les Trois Becs, montagnes chéries des Drômois éclairées par le soleil déclinant d’une fin de printemps chaude et ensoleillée. À droite, le village perché de Chabrillan, surmonté de son immanquable château médiéval en ruine.
Entre ces deux vues pittoresques, je suis attiré par le vol vif et rasant de plusieurs oiseaux au-dessus d’un champ de blé doré. Me vient alors en tête le superbe reportage lu dernièrement dans le magazine Nat’images, dans lequel un photographe suisse partageait ses astuces pour immortaliser les hirondelles gobant les moustiques à ras des épis. Sauf qu’ici, point d’hirondelles : ce ballet aérien du soir est assuré par une colonie de guêpiers d’Europe !
Je ne suis pas équipé pour les photographier, je file donc rapidement chez moi pour attraper le boîtier combiné à mon fidèle 300 mm, et je reviens discrètement me poster au bord du champ vêtu d’un t-shirt kaki, d’une cagoule et de gants de camouflage. Pour me faire accepter par la troupe, je roule au ralenti sur les derniers mètres et je reste assis au volant de ma voiture sans faire de gestes brusques. Je suis situé idéalement à bonne hauteur pour espérer faire des photos esthétiques des oiseaux en vol, ma tête dépassant à peine du champ de blé.

Visiteur d’été, le guêpier d’Europe est un magnifique oiseau multicolore qui se nourrit d’insectes capturés en vol (abeilles, papillons…). Autrefois inféodée au sud de la France, l’espèce progresse chaque année vers le Nord en raison du changement climatique, jusqu’à se retrouver aujourd’hui jusqu’en Normandie, Picardie… et même au Royaume-Uni !

Le plus souvent grégaires, ces oiseaux au plumage arc-en-ciel vivent en colonies et creusent leur nid dans des talus de sable ou de terre. Nombreux sont les photographes qui tentent de leur tirer le portrait, surtout au moment des parades nuptiales qui surviennent entre mai et juin : si cette activité est parfaitement compréhensible, compte-tenu de leur grande beauté, elle n’est hélas pas sans risque pour la nidification ! S’il peut être tenant d’installer des perchoirs artificiels près des terriers, il faut absolument le faire avant le retour des oiseaux d’Afrique et monter son affût à bonne distance, avec la garantie de pouvoir le rejoindre et d’en repartir sans être vu, sans quoi les nids risquent d’être abandonnés. La règle d’or éthique est la même quel que soit l’espèce : la vie d’un oiseau vaudra toujours plus que ma photo !

Personnellement, voyant passer énormément de clichés de guêpiers assez similaires les unes des autres, avec les oiseaux en gros plan et de magnifiques bokeh d’arrière-plan, je me suis plutôt lancé le défi de les photographier dans un cadre différent et plus stimulant, c’est-à-dire en plein vol !
Il y a quelques années, ayant découvert par hasard une petite colonie dans un talus au bord d’une route, je m’étais caché derrière un filet en lisière du bosquet pour tenter quelques photos originales des oiseaux chassant sous la pluie.

Ambiance radicalement autre ce soir, face au soleil couchant : pendant 20 bonnes minutes, je profite d’un spectacle pyrotechnique unique ! Avant de déclencher à tout va, j’observe le comportement des guêpiers : alignés sur une ligne électrique qui passe au-dessus du champ, ils plongent tour à tour en direction du blé pour tenter d’attraper des insectes en plein vol. Ils sont rapides, très agiles, mais plus gros et un peu plus prévisibles que les hirondelles et les martinets, ce qui “simplifie” légèrement la tâche du photographe pour suivre l’oiseau dans le viseur… Mais encore faut-il que l’autofocus veuille bien isoler l’oiseau et pas l’arrière-plan !
Je sais que j’aurais beaucoup de déchets à trier en rentrant à la maison, mais je mitraille tant et plus, pour tenter d’avoir la photo de l’oiseau attrapant sa proie, comme j’avais pu le faire pour le faucon hobereau, comme je l’avais raconté dans une précédente histoire à lire ici.

Hélas, la photo rêvée ne se réalisera pas ce soir, mais je suis bienheureux d’avoir pu capter un oiseau de plein face. Hyperactifs sous les derniers rayons du soleil, les guêpiers sont tous partis plus loin dès que le champ est passé à l’ombre. Rideau tiré pour ce soir !

Le lendemain, après une deuxième longue et belle journée d’expo passée à Saillans, rebelote : les guêpiers sont de nouveau au rendez-vous, à la même heure, dans le même champ. Je me remets exactement en place comme la veille, mais avec cette fois une plus grande détermination à repartir avec des images faites dans une belle lumière dorée.

La séance d’entraînement du samedi m’aura été bien utile : pour cette deuxième séance de shooting, je parviens à mieux anticiper la trajectoire des oiseaux et j’ai davantage de photos nettes et intéressantes à exploiter.

Et puis l’autre photo rêvée arriva : celle d’un guêpier passant à ras des épis, pile entre moi et l’astre solaire, quelques instants à peine avant qu’il ne disparaisse derrière les Monts d’Ardèche !

Il ne faut pas abuser de ce genre d’image, les rayons UV pouvant sérieusement endommage le capteur de l’appareil si on l’expose trop longtemps à la lumière directe, mais c’est le risque à prendre pour décrocher la photo rare d’un guêpier doré !

Cette histoire vous a plu ? N’éhsitez pas à me laisser un petit commentaire ici ou par e-mail à contact@oeilsauvage.fr ! Et je vous à dis à bientôt pour une nouvelle rencontre animalière en texte et en images 🙂