Trois renards au paradis

Je marche depuis plusieurs heures déjà et je n’ai toujours pas croisé le moindre humain. Nous sommes fin octobre de l’année 2024, dans les Alpes italiennes, et je ne le sais pas encore, mais dans quelques jours je ferai ma première rencontre, entre deux rideaux de brume, avec le mythique coq de bruyère. 

Ce 22 octobre, le temps est globalement couvert, les cascades sont en furie, et les couleurs d’automne au pic de leur spectacle. 

Je suis déjà venu dans cette contrée, mais je ne m’étais pas encore aventuré sur ce sentier. J’avance en silence, les sens en éveil, à l’affût du moindre mouvement. Les paysages sont très vastes, très sauvages – un vrai paradis pour la faune et le photographe de nature que je suis !

J’accède à une sorte d’immense plateau herbeux, totalement dégarni d’arbres, au milieu duquel coule un cours d’eau. C’est dans cette ambiance superbe et tranquille que je surprends, à une quinzaine de mètres de moi, un renard qui se faufile délicatement dans les hautes herbes. 

1- Le renard du ruisseau

Son pelage roux, blanc et gris est une merveille de camouflage dans cette végétation ! Je le suis à faible allure, et m’agenouille en attendant qu’il lève la tête pour regarder, je l’espère, dans ma direction. 

Bingo ! À ma grande surprise, il ne cherche pas à s’enfuir au moment d’identifier l’humain qui se dresse en face de lui. Il continue sa petite vadrouille sans trop me prêter d’attention. De temps en temps, il s’arrête tout de même pour regarder où je suis, mais plutôt d’un air curieux que soucieux. 

Pas de chasse dans cette aire protégée d’Italie. C’est un paradis ici, pour lui !  Je le regarde longer le cours d’eau. Tout à coup, il prend son élan pour sauter sur une bande herbeuse qui fait comme une petite île.

C’est vraiment à ce moment-là que je me rends compte à quel point il est absolument magnifique dans son pelage hivernal – je crois bien que c’est la première fois que je tombe sur un renard avec une fourrure aussi laineuse et épaisse ! Il faut dire que les hivers sont rudes, ici, à plus de 2000 mètres d’altitude, il a intérêt à sortir bine couvert…

Il s’éloigne désormais. Ravi de cette superbe observation, je décide de me mettre un peu en hauteur, à l’affût, dans l’espoir de voir d’autres animaux dans ce vallon d’altitude très préservé. 

2 – Le renard du rocher

Je n’ai pas besoin d’attendre bien longtemps, 15 ou 20 minutes à peine, avant de revoir un renard. Il me semble que c’est un autre individu, car il est apparu de la direction opposée.

Le voilà qui s’avance sur un rocher, comme pour contempler son royaume. Mais est-ce bien le sien ? Car le voilà tout à coup qui part à toute allure, chassé par un autre goupil ! 

Je décide de quitter mon petit affût pour continuer sur le sentier. Mais je n’ai pas fait 100 mètres que je me sens observé : le renard chassé n’a pas été bien loin, il est assis, là-bas, et me regarde avancer – seule sa tête dépasse ! 

L’occasion est trop belle pour lui tirer le portrait. Je croise les doigts pour qu’il reste sagement assis encore quelques instants dans cette exacte position. Sans geste brusque, je monte le doubleur sur mon téléobjectif. Il me laissera ensuite largement le temps de cadrer ma photo et de fignoler mes réglages. Merci petit goupil !  

3 – Le renard des myrtilles

Jamais deux sans trois dit le dicton. En continuant ma randonnée, le chemin quitte rapidement le replat herbeux pour zigzaguer entre d’immenses rochers de granite. Alors que je prends le temps de m’imprégner de ces paysages grandioses, je remarque à une trentaine de mètres, en contrebas, un autre renard, assis avec le dos tourné.

Il semble être à l’affût. Je m’assois sur le rebord du rocher et attend qu’il passe à l’action. Il bouge légèrement la tête, les oreilles, puis tout à coup bondit dans le buisson. Il en ressort aussitôt avec un petit rongeur dans la gueule ! 

Après avoir fini son repas, il lève enfin la tête et se rend compte qu’il n’est pas tout seul. Mais comme les deux renards précédents, il ne prend pas la fuite pour autant.

Il se lève sans se presser, puis disparaît dans la végétation. Je ne quitte pas ma position, car de là-haut j’ai une vue imprenable et de bonnes chances de le revoir, entre deux mélèzes et buissons de genévriers.

Lui aussi s’arrête, par moments, pour me jauger, sans jamais s’affoler. Il se trouve désormais à une bonne soixantaine de mètres et semble avoir trouvé son dessert : il se gave de myrtilles !  

J’assiste à la scène pendant de longues minutes, attendant le bon moment pour déclencher. Il me laissera même le temps de le filmer : un document à montrer à tous les chasseurs, de France et de Navarre, qui accusent régulièrement ces petits prédateurs de n’être que des “nuisibles” et des voleurs de “petit gibier” ! 

Après ces trois rencontres goupilesques, il est temps pour moi de quitter ce petit paradis et de regagner la vallée des brumes. Demain sera un autre jour : d’autres aventures m’attendent… 

Je vous dis à très bientôt pour une nouvelle histoire !

En attendant, je vous invite à relire les récits de mes précédentes rencontres avec les renards :

Les émotions ça se partage !

Laisser un commentaire